Le 7 février : entre mémoire historique et fondement démocratique
L’Université de la Fondation Dr Aristide a accueilli, le 12 février 2026, dans le cadre des « Jeudis de l’UNIFA » de l’année, quatre étudiants issus respectivement de la Faculté des Sciences Juridiques et Politiques, de la Faculté des Sciences Biomédicales et de Pharmacie, ainsi que de la Faculté de Génie et d’Architecture, pour une réflexion consacrée à la portée politique du 7 février en Haïti. À la lumière des sciences politiques, cette rencontre académique a permis de revisiter un moment charnière de l’histoire nationale : le 7 février 1986.
Pour les intervenants, cette date marque un tournant majeur dans la trajectoire politique haïtienne. Après plusieurs années de dictature, Jean-Claude Duvalier quitte le pouvoir, mettant fin à un système caractérisé par la personnalisation extrême de l’autorité, la répression systématique et la restriction des libertés publiques. Toutefois, ont-ils souligné, la chute d’un régime ne signifie pas nécessairement l’éradication immédiate des pratiques autoritaires. Elle ouvre plutôt un champ de reconstruction, où se posent avec acuité les questions de la légitimité, de l’institutionnalisation et de la refondation de l’ordre politique.
Les étudiants ont structuré leur intervention autour d’une problématique centrale: dans quelle mesure le 7 février peut-il être considéré comme un moment fondateur de la vie politique haïtienne, révélant à la fois la rupture avec la dictature, la quête de légitimité démocratique et les fragilités des institutions?
Trois axes d’analyse ont guidé leurs réflexions:
Le premier axe a présenté le 7 février comme une rupture autoritaire et un point d’entrée dans un processus de transition politique. Le régime des Duvalier reposait sur une concentration du pouvoir entre les mains d’un individu ou d’un cercle restreint, avec un recours constant à la répression et une marginalisation de la participation citoyenne. La chute de Jean-Claude Duvalier en 1986 a ainsi constitué la fin formelle de la dictature. Depuis, le 7 février est devenu la date symbolique d’ouverture de la démocratie haïtienne, consacrée par la Constitution de 1987 comme point de départ et de fin de chaque mandat présidentiel.
Le deuxième axe a mis en évidence la dimension symbolique du 7 février. Entrée dans la mémoire collective comme un moment de bascule historique, cette date a progressivement été institutionnalisée. La Constitution de 1987, amendée en 2011, a fait du 7 février la référence juridique encadrant la temporalité présidentielle. Ce passage du symbole à la norme traduit un processus par lequel un événement historique devient une règle de droit. La loi vient ainsi formaliser et consacrer une date chargée de mémoire collective. Les étudiants ont également relevé que le 7 février est régulièrement mobilisé dans les discours politiques pour légitimer ou délégitimer un pouvoir en place, ce qui témoigne de sa force symbolique persistante.
Enfin, le troisième axe a abordé le 7 février comme principe d’institutionnalisation et mécanisme de légitimation du pouvoir. En fixant constitutionnellement cette date, le système politique haïtien s’est doté d’un repère juridique structurant la temporalité de la présidence et participant à la stabilité du régime démocratique. Le 7 février agit ainsi comme une frontière constitutionnelle, rappelant le caractère limité de l’exécutif et l’obligation d’alternance. Il constitue également une date de reconnaissance institutionnelle et sociale du pouvoir, incarnant l’ordre constitutionnel, la continuité républicaine et le pacte démocratique.
L’investiture du Président Jean-Bertrand Aristide, premier dirigeant élu démocratiquement au suffrage universel en Haïti, le 7 février 1991, est venue renforcer la portée institutionnelle et symbolique de cette date. Elle a consacré le 7 février comme l’expression tangible de la volonté populaire et de la légitimité démocratique. Dès lors, cette date s’est imposée non seulement comme un repère constitutionnel structurant la temporalité du pouvoir exécutif, mais également comme un symbole fort de participation citoyenne et d’alternance politique.
À l’issue des interventions, un débat nourri s’est engagé entre participants et intervenants. L’échange a permis de revisiter les enjeux historiques et institutionnels liés au 7 février, tout en interrogeant les défis contemporains de la démocratie haïtienne.
Au-delà du rappel historique, cette activité académique a mis en lumière l’importance de penser les dates fondatrices non seulement comme des souvenirs, mais comme des structures normatives qui continuent de façonner la vie politique nationale.
