De l’économie numérique aux enjeux agricoles : une quatrième journée marquée par l’innovation

À l’heure où l’intelligence artificielle redéfinit les économies et les métiers à travers le monde, l’Université de la Fondation Dr Aristide a consacré la quatrième journée de sa Semaine scientifique à une réflexion sur l’ « Économie numérique en Haïti : moteur du développement – futurs métiers et emplois ». Invité principal de cette journée, l’économiste Kesner Pharel a exposé les enjeux technologiques, économiques et sociaux auxquels le pays devra faire face dans les prochaines années.

Dès le début de sa présentation, a insisté sur la nécessité pour Haïti de s’adapter aux transformations liées à l’intelligence artificielle, aux données numériques et aux nouvelles formes de production du savoir. Selon lui, le pays risque d’être confronté à une nouvelle forme de dépendance qu’il qualifie « d’esclavage numérique » s’il ne développe pas rapidement ses capacités technologiques et scientifiques.
À travers une lecture historique de l’évolution technologique mondiale, M. Pharel a retracé le passage des premières machines informatiques aux systèmes actuels d’intelligence artificielle. Il a notamment souligné que les données représentent désormais « le nouveau pétrole » et que la maîtrise de la technologie constitue un enjeu stratégique majeur pour les États comme pour les individus.

Le conférencier a également plaidé pour une réforme profonde du système éducatif haïtien. Selon lui, les universités doivent désormais former des étudiants capables de développer à la fois des compétences techniques et des aptitudes humaines telles que la communication, l’esprit critique, la créativité et l’adaptabilité. « Le cerveau ne doit plus seulement stocker des informations, mais apprendre à créer, questionner et résoudre des problèmes », a-t-il déclaré.

Abordant la situation d’Haïti, a dressé un constat préoccupant marqué par la contraction économique, l’aggravation de la pauvreté, la faiblesse institutionnelle et les fortes inégalités territoriales. Il a cependant encouragé les jeunes à investir les domaines liés à la technologie, à la recherche et à l’innovation afin de contribuer à la transformation du pays.
Au terme de la conférence, les étudiants regroupés par départements géographiques ont poursuivi les présentations de leurs projets scientifiques, culturels et sociaux.
Le Nord-Est a proposé une causerie autour du thème : « Entre les vestiges de l’indépendance et le poumon de l’avenir ». À travers cette présentation, les étudiants ont mis en lumière le rôle historique du département dans les luttes de l’indépendance, ses principales ressources économiques, les personnalités marquantes de la région ainsi que les difficultés auxquelles le département fait face aujourd’hui. Des pistes de solution orientées vers le développement local et l’orientation professionnelle ont également été abordées.

Le département du Centre a, quant à lui, développé le thème : « Concevoir le développement durable avec des innovations agricoles, pour une agriculture libérée des anciennes pratiques coloniales ». La présentation a combiné exposé magistral, prestations artistiques et exposition agricole. Les étudiants ont mis en avant le potentiel stratégique du Centre dans la souveraineté alimentaire nationale, tout en valorisant les productions agricoles et gastronomiques de la région à travers une exposition de cultures locales et de spécialités culinaires.

L’Artibonite a choisi de réfléchir sur les séquelles sociales de l’esclavage à travers un projet intitulé : « Entre blessures invisibles et quête de résilience, de quelle manière l’héritage de l’esclavage façonne-t-il les réalités sociales contemporaines ? ». À travers des scènes de mime, des prestations chorégraphiques et des sketchs, les étudiants ont illustré les violences et les traumatismes hérités du système esclavagiste, pendant qu’un exposé analytique venait contextualiser les performances artistiques.
Au-delà des exposés et des prestations culturelles, cette quatrième journée a surtout témoigné de la capacité de la Semaine scientifique à transformer l’espace universitaire en un véritable lieu de débat, d’analyse et de projection sur l’avenir du pays.

