Colonialité, mémoire et célébration : clap de fin pour la Semaine scientifique 2026
L’Université de la Fondation Dr Aristide a refermé, ce vendredi 22 mai, les portes de sa Semaine scientifique par une journée aussi intense que contrastée : une conférence magistrale sur la colonialité, une cérémonie de clôture rythmée par le tam-tam, un concours d’anatomie, une collecte de sang et des éclats de danse jusqu’en fin d’après-midi. La « Foire des sciences » a tenu toutes ses promesses.

C’est autour d’une réflexion dense et engagée sur le thème « Colonialisme, colonialité et le problème politique haïtien » que s’est articulée la dernière journée de cette Semaine scientifique. Animée par le Prof. James Valentin, la conférence a offert aux étudiants ainsi qu’aux membres du corps professoral une plongée critique dans les racines historiques, politiques et épistémiques des crises haïtiennes contemporaines.

Face à un auditoire attentif, l’intervenant a développé une lecture critique du colonialisme et de ses prolongements dans la société haïtienne actuelle. S’appuyant sur la pensée du sociologue péruvien Aníbal Quijano, il a défini la colonialité comme « la permanence du fait colonial » au-delà même de la disparition du système colonial classique.

Pour le Prof. Valentin, les violences structurelles, les inégalités sociales, les fractures institutionnelles et même certaines formes de dépendance culturelle trouvent leur origine dans le dispositif colonial mis en place depuis la conquête européenne. « Nous vivons encore dans un contexte de colonialité », a-t-il martelé, évoquant notamment la domination des savoirs occidentaux, la marginalisation des connaissances locales et la difficulté de l’État haïtien à construire un modèle politique enraciné dans les réalités culturelles du pays.
Le conférencier a également insisté sur ce qu’il appelle la « colonialité épistémique », c’est-à-dire la domination du savoir étranger sur les productions intellectuelles locales. Selon lui, les universités haïtiennes doivent jouer un rôle central dans la déconstruction de cette logique en valorisant davantage les pensées, les recherches et les savoirs issus du contexte haïtien.
Dans cette perspective, il a plaidé pour une « décolonisation de l’esprit » et une réappropriation des références intellectuelles nationales. Citant Anténor Firmin, Jacques Roumain ou encore Jacques Stephen Alexis, James Valentin a invité les étudiants à repenser l’État, la politique et le savoir à partir d’une approche plus indigénisée et critique.
Folklore, mémoire et ferveur collective
Après cette conférence aux accents philosophiques et politiques, l’atmosphère a changé de ton sur le campus. À proximité de la cafétéria, en face de la Place Dignité, les étudiants se sont regroupés en cercle autour d’un tambour vibrant. Très vite, chants, rythmes et danses folkloriques ont transformé l’espace en une scène vivante de célébration culturelle.
Sous le soleil de midi, les corps se sont mis en mouvement dans une ambiance chargée d’énergie et de symboles. Les pas, les chants et les gestes rappelaient la cérémonie du Bois Caïman, ce moment historique devenu symbole d’union et de résistance des esclaves contre le système esclavagiste.

La scène, profondément enracinée dans l’imaginaire collectif haïtien, a offert un contraste saisissant avec les réflexions académiques de la matinée, tout en prolongeant le même questionnement sur l’identité, l’histoire et l’émancipation.

Les filles remportent le concours de propreté
Quelques instants plus tard, le calme est revenu à la Place Dignité pour l’annonce des résultats du concours de propreté organisé sur le campus. Étudiants, professeurs, doyens et membres du personnel administratif se sont réunis pour assister à la proclamation des gagnants.
À l’issue du vote du public, les étudiantes ont remporté le concours. Mme Mildred Aristide en a profité pour saluer l’engagement des participants et annoncer que d’autres initiatives similaires seront organisées afin de promouvoir un environnement universitaire sain et agréable.

Don de sang et concours d’anatomie
Pendant qu’une partie du campus vibrait au rythme des activités culturelles, on accueillait la traditionnelle campagne de don de sang. Dans une ambiance plus sobre, de nombreux étudiants et membres du personnel se sont mobilisés pour participer à cette initiative de solidarité devenue l’un des rendez-vous marquants de la Semaine scientifique.
Parallèlement, les résultats du concours de dessin d’anatomie et d’odontologie ont également été dévoilés. Durant plusieurs heures, des étudiants se sont appliqués à représenter différentes parties du corps humain, tandis que d’autres réalisaient des structures dentaires à partir de savon de lessive. Trois étudiants ont été récompensés en anatomie et un autre en odontologie.



Une clôture festive avant les examens
La journée s’est finalement achevée dans une ambiance résolument festive. Musique, cris, danses et éclats de rire ont envahi la Place Dignité au rythme des morceaux enchaînés par le DJ. Le temps d’un après-midi, les étudiants ont mis de côté la pression des examens pour célébrer ensemble la fin d’une semaine marquée par les débats intellectuels, les découvertes scientifiques et les expressions culturelles.

Avec cette ultime journée mêlant réflexion critique, valorisation du patrimoine et esprit communautaire, la Semaine scientifique 2026 de l’Université de la Fondation Dr Aristide aura une nouvelle fois confirmé l’importance de l’université comme espace de savoir, de mémoire et de construction citoyenne.















