Semaine scientifique 2026: une deuxième journée marquée par une réflexion sur l’avenir d’Haïti

La deuxième journée de la semaine scientifique 2026 a tenu ses promesses. Après une ouverture placée sous le signe de la mémoire historique, la conférence du mardi 19 mai s’est tournée vers l’avenir. Elle a proposé une réflexion approfondie sur les défis structurels d’Haïti, le rôle de la modernité et les conditions d’une véritable refondation nationale.
Dans une salle comble, Richard Coles, intervenant principal de la journée, a présenté un document stratégique consacré au développement durable du pays. Intitulée Haïti 2055, cette feuille de route est élaborée depuis 2025 avec une équipe de professionnels haïtiens basés à Port-au-Prince, Washington et Paris. « Ce sont des produits de Haïtiens, avec des Haïtiens, pour des Haïtiens », a-t-il martelé, écartant d’emblée toute idée d’importation intellectuelle. L’objectif, selon lui, est clair : bâtir une vision collective permettant de faire émerger un pays « prospère, stable et souverain ».

Diaspora et intelligence artificielle : deux leviers de transformation
L’un des points forts de son intervention a été le plaidoyer en faveur d’une réconciliation concrète entre les Haïtiens vivant au pays et ceux de la diaspora. Fort de son expérience comme ancien dirigeant de l’ADH et membre fondateur du Forum économique et social d’Haïti (2010), l’architecte a rappelé que le pays compterait près de 17 millions de ressortissants répartis entre le territoire national et l’étranger. « Deux communautés, une nation », a-t-il résumé, appelant à considérer la diaspora non comme une entité extérieure, mais comme un acteur essentiel de la reconstruction nationale.
Autre sujet central de son allocution : l’intelligence artificielle. Loin des discours purement technophiles, Coles a présenté les avancées numériques comme une occasion historique pour Haïti de réduire certains retards structurels, notamment dans les domaines de l’éducation, de la santé et de la gouvernance.
Il a notamment évoqué des écoles connectées, des centres de santé équipés d’outils technologiques et une administration publique utilisant l’intelligence artificielle afin d’améliorer la transparence et l’efficacité des services offerts à la population.
Cependant, le conférencier a insisté sur un préalable essentiel : la stabilité politique ne peut se limiter à une simple présence policière dans les rues. Elle passe, selon lui, par une réconciliation nationale authentique, une réduction durable de la pauvreté, une réforme fiscale sérieuse ainsi qu’un nouveau pacte social entre l’État et les citoyens, invitant les Haïtiens à dépasser les divisions sociales et les querelles partisanes.
Les départements à l’honneur
Au-delà de la conférence, la journée a également permis aux étudiants, regroupés par départements géographiques, de mettre en valeur leurs travaux. Cet exercice, qui constitue l’un des piliers de la semaine scientifique, favorise l’intelligence collective ainsi que le travail en équipe. Ce mardi, les départements de l’Ouest, du Sud, des Nippes et de la Grand’Anse ont eu l’occasion d’exposer leurs projets.
L’Ouest a proposé un exposé sur le thème « La violence comme héritage du colonialisme », retraçant les atrocités de l’esclavage et leur inscription dans l’histoire nationale. Le Sud a, pour sa part, organisé un débat public articulé autour de quatre axes : le passé esclavagiste, le parcours du président Jean-Bertrand Aristide, le contexte sociopolitique actuel et les perspectives d’avenir. Des photographies de l’ancien président, exposées à l’entrée de la Place Dignité, ont attiré l’attention de nombreux participants.
De son côté, la Grand’Anse s’est distinguée par une présentation sur l’utilisation de l’énergie solaire dans les systèmes d’irrigation agricole, tandis que les Nippes a mis en valeur plusieurs plantes médicinales héritées des pratiques traditionnelles issues de l’époque esclavagiste.
L’UNIFA, un espace de réflexion et d’engagement
À travers cette deuxième journée, l’Université de la Fondation Dr Aristide confirme sa volonté de créer un espace où sciences, histoire, technologie et engagement citoyen se rencontrent et se complètent. Entre lucidité face aux difficultés du pays et ambition de transformation, la semaine scientifique 2026 s’impose comme un cadre de réflexion collective sur l’avenir d’Haïti.


